​Pourquoi je me dis Chamane et parle de totems.

Cet article est maladroit et je ne souscrit plus vraiment à ce que je disais à l’époque. Mais je ne souhaite pas pour autant l’archiver et le cacher parce que je pense qu’il montre mon évolution sur plusieurs points.
Déjà aujourd’hui je n’ai aucun problème à me dire sorcière. J’ai mis plus de temps à me sentir ancrée dans ce mot et ce concept que dans celui de chamanisme, mais il fait aujourd’hui tout autant partie de ma réalité quotidienne.
Ensuite je réalisais déjà à l’époque que nous devons faire cohabiter sur terre les réalités magiques, sociales et politiques. Et que vu la violence qui empreint tous ces aspects quand il s’agit de magie le sujet est extrêmement délicat et subtile. J’avais à l’époque des fragilités en magie, c’est donc ce côté que j’avais choisi de privilégier au détriment des autres. C’était ce qui m’était à l’époque nécessaire pour guérir des blessures que j’avais subit. Aujourd’hui je peux me permettre de prendre mieux en compte les autres aspects. Par conséquent à présent peut importe ce que je suis, peu importe ma réalité magique, il y a des mots que j’évite d’employer dans un cadre professionnel, du moins pas sans les accompagner d’explications et d’une contextualisation claire. Je ne ressent plus le besoin ni l’envie de les brandir comme une bannière pour protéger ma magie du monde athée qui l’entoure.
14/01/19

Parlons un peu de vocabulaire.

Pour commencer je vais devoir déjà présenter un concept: l’appropriation culturelle. Il s’agit du fait que les européens ayant colonisé et massacré et dominant aujourd’hui partout dans le monde il existe désormais une forte inégalité culturelle. En gros on peut faire du yoga tout en fermant nos frontières aux indien-nes et leur interdisant de porter un Sari au travail. On pioche ce qu’on veut dans les autres cultures tout en les opprimant (et par on je veux bien dire « notre société » pas « chaque individu » donc nul besoin de dire « mais je ne le fais pas »).

Ne pas faire d’appropriation culturelle n’est pas toujours facile (on va pas arrêter le yoga quand ça nous sauve la santé) mais on peut faire des efforts (ne pas appeler Yoga le moindre exercice d’étirements, s’intéresser à l’histoire et la spiritualité derrière le yoga quand on le pratique).

Pourquoi je me dis chamane et pourquoi je parle parfois de Totems?

Beaucoup de monde pense que le chamanisme désigne quelque chose en Amérique, ou en Mongolie, ou en Amazonie… Et que donc on ne peut-être chamane en France qu’en l’ayant appris à l’étranger et ramené les méthodes et traditions culturelles ici. Hors le chamanisme est absolument universel, se retrouve sous différents mots sur tous les continents. Le terme « chamane » est le mot le plus courant en France actuellement pour désigner ce concept. Il vient à la base de Sibérie mais a évolué.

Je suis Chamane, « intermédiaire ou intercesseur entre l’humanité et les esprits de la nature ». Je ne suis pas sorcière, la sorcellerie est dans mon panier à outils mais ce n’est pas celui que je maîtrise le mieux. Si je me disais sorcière parce que c’est un mot français je me montrerai insultante envers les sorcières comme envers les chamanes en niant les spécificités de nos rôles et de nos méthodes.

Je me dis parfois sorcière pour rigoler ou pour simplifier. Ou pour appeler à l’imaginaire collectif de notre pays (comme les chasses aux sorcières). Mais je ne suis en réalité pas plus sorcière qu’un physicien n’est mathématicien. Même si, tout comme un physicien est généralement meilleur en maths que la majorité de la population, je suis meilleure en sorcellerie que la majorité de la population. Je ferai peut-être un article sur la sorcellerie un de ces jours d’ailleurs.

Venons en maintenant au mot qui amène le plus de polémiques: le totem.

Déjà il faut préciser que j’utilise le mot Totem dans sa signification spirituelle, pas dans celle de société totémique (qui d’ailleurs n’ont pas forcément existé, les anthropologue ont peut-être projeté leurs fantasmes, le sujet est controversé… En tous cas leurs structures et fonctionnement semble avoir été beaucoup plus variés qu’on l’imagine).

Un totem est un animal protecteur qui représente une personne ou un groupe de personne. Notre âme peut-être vue sous plein de prismes. Sous un prisme on peut-être humain, sous un autre chat, sous un autre aubépine, sous un autre feu… On a souvent un rapport particulier à cette (ou ces) versions non-humaines de nous. On les aime, elles nous fascinent, on les comprends intuitivement, a confiance en elles… Par exemple une personne-sanglier n’aura aucune peur des sangliers voir les verra comme protecteurs et s’y reconnaîtra sans forcément comprendre pourquoi.

Aujourd’hui le mot totem est utilisé à toutes les sauces. Victime tant du fait qu’on utilise des mots amérindiens un peu partout pour faire joli que de la dé-spiritualisation de notre société. On trouve par exemple dans les magasines des « test pour trouver son animal totem » et je comprends bien que c’est très insultant pour les personnes venant de société où ce concept est encore sacré, d’autant plus que ces personnes sont dépossédées de leur culture et des moyens de pratiquer leur spiritualité… Et du coup on me reproche régulièrement d’utiliser ce mot.

J’entends par exemple que je n’ai qu’à trouver un autre mot. Pourtant en biologie on sait qu’il est extrêmement insultant, violent et colonialiste de débarquer dans un autre pays et renommer à notre sauce les animaux qui s’y trouvent et les concepts qu’on y apprends.

Le mot Totem est le mieux à même de décrire une réalité que je connais et il prouve que des gens ont avant moi défriché et conceptualisé ce terrain compliqué en magie. Ce serait insultant de ma part, après avoir étudié des magies divers, d’en renommer tous les outils que je garde par des mots français ou inventés.

Parfois j’entends aussi « tu ne peux pas avoir de totem tu es française ». Alors là l’insulte n’est pas envers moi !  Parce que ça voudrait dire que le mot Totem ne recouvrirait pas une réalité de l’humain mais un simple jeu de rôle, un amusement qui peux faire du bien psychologiquement si on est de la bonne culture.

Ça c’est réduire des concepts puissants à de simple objets folkloriques, et les chamanes à des reliques sous vitrine, à des gens qui se transmettent bêtement des traditions inutiles en ayant en plus la naïveté d’y croire. Alors qu’un-e chamane ne dirait jamais à une personne d’une autre culture « Ton âme n’est pas pareil, je ne peux rien t’enseigner ».

Par contre iel dirait peut-être « Je ne peux rien t’enseigner parce que ton filtre culturel va tout déformer. Et je n’ai pas confiance dans l’usage que tu ferais de cette connaissance. Et puis vous nous piquez nos terres de toute façon donc tant pis pour ton âme débrouille toi. » De même qu’iel peut refuser d’enseigner l’usage de plantes médicinales. Ça ne veut pas dire qu’elles ne fonctionnent pas si on est pas de la bonne culture, et ce n’est pas un signe de respect de les renommer pour les utiliser.

En résumer: évidemment le chamanisme se pratique ancré dans la terre, donc là où l’on est. Comme je vis en France je trouve plus logique d’utiliser de l’huile d’olive que de la graisse de phoque dans mes rituels. Comme je suis imprégnée d’une certaine culture je vois des maisons d’esprits et non pas des lacs d’esprits. Comme je parle français j’entends les entités parler français (parfois anglais). Comme je vis dans un pays où les pratiques spirituelles sont contrôlées ou détruites depuis des siècles je dois inventer ma façon de pratiquer, je n’ai pas le tissu social et culturel qui entourent (ou entouraient encore récemment) le chamanisme dans d’autres pays.

Si l’histoire avait été différente j’aurai pu connaître un mot d’ici pour désigner la même chose… Actuellement je n’en connais pas. Je fais donc au mieux avec ma situation comme le font tout-e ciels qui tentent de rester connectés à l’autre côté au travers des filtres de notre civilisation. Refuser l’utilisation du mot totem pour décrire la réalité qu’il est le mieux à même de décrire serait insultant pour les gens qui ont défriché ce chemin, nier même que quelqu’un l’a défriché avant moi. C’est là que serait l’appropriation.

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